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26 septembre 2007
Nicolas Sarkozy : gel des investissements en Birmanie, Total au 1er rang
Si certains doutaient encore des liens très étroits entre la géopolitique et la finance ... qui plus est dans le monde de brut qu'est le monde du pétrole ... Le terme “diplomatie pétrolière” n'a pas été inventé pour rien.... Le président français Nicolas Sarkozy a demandé mercredi aux sociétés privées françaises - parmi lesquelles le groupe pétrolier Total - de geler leurs investissements en Birmanie en raison de la répression contre des manifestations pourtant pacifiques qui a cours actuellement dans le pays.
Ironie de l'histoire, l'actuel ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner a rédigé en 2003 un rapport - que certains jugent très partial - sur les activités de Total en Birmanie, lequel a permis (à son insu ?) de lever tout soupçon face aux accusations portées contre le groupe pétrolier, suspecté de recourir au travail forcé.
La Birmanie, l'une des contrées les plus pauvres au monde, a été gouvernée par des juntes militaires successives depuis 45 ans. La principale opposante, Aung San Suu Kyi, a été privée de liberté pendant la majeure partie des 18 dernières années.
ou"La France appelle l'ensemble de ses sociétés privées, Total par exemple, à faire preuve de la plus grande retenue, s'agissant des investissements en Birmanie en demandant qu'il n'y en ait pas de nouveau", a déclaré M. Sarkozy après avoir reçu le Premier ministre de l'opposition birmane en exil, le Dr Sein Win, au siège de la présidence.
M. Sarkozy a aussi appelé à l'adoption "sans tarder" de sanctions alors que le conseil de sécurité de l'ONU se réunissait en urgence. Les déclarations de M. Sarkozy marquent un net durcissement de la position française vis-à-vis de Rangoun, où la répression des manifestations pacifiques a fait au moins quatre morts et 100 blessés mercredi.
Mardi, le ministère français des Affaires étrangères avait assuré que les activités du groupe pétrolier français Total en Birmanie n'étaient pas contraires aux sanctions européennes décrétées contre ce pays.
Total, quatrième groupe pétrolier mondial, est présent en Birmanie depuis 1992, sur le champ gazier de Yadana (sud), où il a produit en 2006 17,4 millions de mètres cubes de gaz par jour, qui alimentent des centrales électriques en Thaïlande. Depuis 1995, il a lancé sur le parcours terrestre du gazoduc un programme socio-économique en faveur des populations des villages riverains.
Le groupe pétrolier français, dont les activités en Birmanie suscitent régulièrement la polémique, a quant à lui affirmé mardi que sa conduite en terme d'éthique "ne dépendait pas des gouvernements en place"."Nous suivons de très près l'évolution de la situation. Les manifestations n'ont pas affecté la conduite de nos opérations, ni le programme social-économique que nous menons, qui bénéficie aux populations", a-t-il ajouté.
Sur son site internet, Total affirme qu'il "partage les préoccupations de la communauté internationale sur la situation politique et des droits de l'Homme en Birmanie" mais qu'il est "convaincu que sa présence a des retombées positives durables pour la région".
Total a fait l'objet de plusieurs plaintes de travailleurs birmans, notamment en France et en Belgique. En France, le groupe pétrolier a été accusé de travail forcé. La justice a reconnu en juin 2006 ce type de pratique mais a conclu à un non-lieu pour des raisons de procédure. En Belgique, Total a été poursuivi pour "complicité de crimes contre l'humanité", mais la Cour de cassation belge a dessaisi en mars dernier, après des années de procédure, la justice du royaume de l'instruction de cette plainte.
La Birmanie, Bernard Kouchner, actuel chef de la diplomatie française la connait bien semble-t-il. Il s'y rend la première fois en 2002, en vue d'accompagner sa femme, la journaliste Christine Ockrent, venue réaliser, pour le magazine Elle, un portrait de la dirigeante de l'opposition, Aung San Suu Kyi, alors libre de ses mouvements après des périodes de détention ou d'assignation à résidence imposées par la junte.
Au retour, Bernard Kouchner est sollicité par l'un des avocats de Total, Me Jean Veil, fils de son amie Simone Veil. La société BK Conseil se crée et M. Kouchner, son unique employé, se charge d'une "mission d'enquête" pour le compte du groupe pétrolier. "Jean Veil m'a demandé une enquête sur le volet médico-social de Total en Birmanie et j'ai accepté", confirme alors l'ancien ministre de la santé.
Du 25 au 29 mars 2003, il retourne donc dans ce pays et se rend en tant qu'observateur sur le site du gazoduc de Yadana, qui fait de Total le premier investisseur du pays.
Daté de la fin septembre 2003 et publié sur le site Internet de Total, le “rapport Kouchner” blanchit le pétrolier. Il met en exergue le réel investissement social et sanitaire de la compagnie au service des habitants du secteur du gazoduc. Mais l'enquête s'arrête là et ne dit rien, par exemple, des retombées financières pour la dictature. Rémunéré 25 000 euros pour "deux mois et demi" de travail, M. Kouchner assure, après coup, qu'il ne modifierait pas une virgule à ses écrits. "Rien ne me laisse à penser que le groupe ait pu prêter la main à des activités contraires aux droits de l'homme", déclare-t-il au Monde. Sur les faits allégués de "travail forcé", il ajoute : "Je suis sûr à 95 % que les gens de Total ne sont pas capables de faire ça, ce ne sont pas des esclavagistes." M. Kouchner assure par ailleurs n'avoir "certainement pas fait ça pour de l'argent" ("Je gagne la moitié en une conférence !").
Selon le site internet de Total, Bernard Kouchner, confirme dans son rapport la qualité du programme socio-économique mené par Total. Il formule un certain nombre d'observations et de suggestions dont le Groupe tiendra le plus grand compte pour mieux assurer la pérennité de ce programme et lui donner plus de rayonnement.
Ce rapport interroge aussi Total sur la part qu'il pourrait prendre à l'évolution politique du Myanmar. Dans le contexte particulier de ce pays, Total entend ne pas s'ingérer dans les discussions entre les forces politiques en présence et ne pas prendre publiquement parti sur ces sujets, conformément à la règle de neutralité posée par son Code de Conduite ; ceci n'a pas empêché le Groupe de faire officiellement connaître sa préoccupation lors des événements de mai 2003 qui ont amené l'arrestation de Mme Aung San Suu Kyi et marquent un sérieux recul par rapport aux perspectives attendues de dialogue débouchant sur une réconciliation nationale.
Sources : AFP, Le Monde, Total
A lire également :
. L'Iran veut revoir le contrat de Total sur Pars South (GNL)
Le 26 septembre 2007 |
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