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12 mars 2009
Reza Pahlavi : l'Iran, l'heure du choix
A l'heure où l'Iran se dit capable de metter seul en route la future centrale de Bouchehr, un livre intéressant à lire, au moins sur l'aspect nucléaire du dossier.
Dans un livre d'entretiens ("Iran, l'heure du choix"), Reza Pahlavi, fils du Shah d'Iran, y affirme qu'aujourd'hui, le problème de fond de son pays ne vient pas de l'idée elle-même de se doter de l'énergie nucléaire mais bien plus de la nature du régime islamique.
Il en veut pour preuve les contrats passés avec la France et Eurodif au temps de son père.
Sa vision d'un autre projet de société est clairement exposée dans son livre. Ses fondements : l'instauration d'un régime de démocratie parlementaire fondé sur la Déclaration universelle des droits de l'homme, l'établissement d'un Etat de droit garantissant les libertés de chacun, une réconciliation nationale sur le modèle de l'Afrique du Sud et la séparation de la religion et de l'Etat.
Reconnaissant les erreurs du régime de son père, Reza Pahlavi y lance également un appel à la communauté internationale en vue d'éviter une option militaire.
Sa solution ? dialoguer non pas avec le régime des mollahs mais avec les forces démocratiques iraniennes existantes.
Pour éventuellement reprendre le pouvoir ? Prudent, il propose dans un premier temps un référendum à l'issue duquel le peuple iranien déciderait de la forme de la démocratie : monarchie constitutionnelle ou République. Son objectif serait avant tout de servir son pays d'une manière ou d'une autre.
Selon lui, les dirigeants islamiques qui se sont succédés à la tête du pays, de Khomeiny à Ahmadinejad, sont tous responsables d'une régression sans précédent, et ce, malgré la manne pétrolière.
Pour se débarrasser du régime théocratique, Reza Pahlavi préconise la voie de la désobéissance civile et de la grève générale. Sur le plan international, il suggère de refuser leur visa aux dirigeants iraniens ainsi que le gel de leurs avoirs dans les banques. Le fils du Shah engage ainsi l'Occident à dissocier l'Iran, des dirigeants du régime et du peuple iranien.
Sur le dossier nucléaire, Rehza Pahlavi rappelle que son père avait décidé, dès les années 1970, de lancer un programme de production d'énergie nucléaire à des fins exclusivement civiles. Un traité de non-prolifération avait été signé dans ce but, permettant à l'Iran de devenir actionnaire à 10 % de la société Eurodif, ajoute-t-il par ailleurs.
Laissant ainsi entendre que si la communauté internationale n'y avait fait aucune objection à l'époque, contraitrement à la période actuelle, le régime islamique semble être la clé de tous les maux.
Mieux encore, dans une critique à peine voilée de la position de l'Onu, il rappelle que "les pays qui se faisaient hier concurrence à qui vendrait le premier cette technologie à l'Iran sont ceux qui, aujourd'hui, réclament des sanctions contre Téhéran". Citant le cas des Etats-Unis, de la France, de l'Allemagne...
Pour ma part, j'ai toujours jugé les déclarations plus ou moins véhémentes des Six comme une "superbe" démonstration de leur hypocrisie.
Rappelons en effet qu'en 1975, la société française nationalisée Cogéma et le gouvernement iranien ont fondé la Sofidif (Société franco–iranienne pour l’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse), possédant respectivement 60% et 40% des parts. En retour, la Sofidif a acquis une part de 25% dans Eurodif, ce qui donnait à l'Iran sa part de 10% dans Eurodif.
Le Shah d'Iran avait alors prêté un milliard de dollars US (et encore 180 millions de US$ en 1977) pour la construction de l'usine Eurodif, en vue d'obtenir l'autorisation d'acheter 10% de la production d'uranium enrichi du site. Suite à la révolution islamique de 1979, l'Iran suspend ses paiements et réclame le remboursement du prêt en faisant pression sur la France.
En avril 1979, le premier ministre Raymond Barre inaugure l'usine d'Eurodif. Dans le même temps, l'Ayatollah Khomeiny rompt le contrat de fourniture de centrales nucléaires passé avec la France. Mais il confirme l’actionnariat dans Eurodif de l’Iran qui possède toujours alors 10% des parts de cette usine. Mais la France refuse de laisser l'Iran exercer son statut d'actionnaire d'Eurodif.
En 1981, après la mise en service de l'usine Eurodif, l'Iran réclame 10% de la production d'uranium enrichi auquel ils ont contractuellement droit, ce que la France refuse. De 1981 à 1991, le régime des mollahs est soupconné d'avoir perpétré plusieurs assassinats, prises d’otages et attentats meurtriers.
Le 17 novembre 1986, après plusieurs attentats meurtriers à Paris, et l'enlèvement de journalistes français (Jean-Paul Kauffmann, Michel Seurat, …) retenus en otage au Liban par des groupes liés à l'Iran, la France rembourse 330 millions de dollars, mais refuse de fournir toute livraison d'uranium enrichi. Le même jour se produit l'assassinat de Georges Besse, le fondateur d’Eurodif. En décembre 1987 a lieu un 2e versement officiel de 330 millions de dollars par la France à l'Iran.
Le 6 mai 1988, entre les deux tours de l'élection présidentielle, les otages français sont libérés. Le premier ministre Jacques Chirac assure dans un accord avec l'Iran des « garanties politiques sur l'octroi sans restrictions par le gouvernement français de licence d'exportation d'uranium enrichi » et le rétablissement du statut d'actionnaire de l'Iran dans Eurodif sous la condition du retour des derniers otages du Liban.
En septembre 1989, le président François Mitterrand confie à François Scheer la formalisation d'un accord définitif de règlement du contentieux franco-iranien. Finalement un accord est trouvé en 1991 : la France remboursa plus de 1,6 millard de dollars. L’Iran est rétabli dans son statut d’actionnaire d’Eurodif via un consortium franco-iranien nommé Sofidif, avec le droit de prélever 10% de l’uranium enrichi à des fins civiles.
De source diplomatique française, on indique désormais que « l'Iran est bien membre d'Eurodif. Mais en l'absence de centrale nucléaire civile opérant en Iran, il n'y a pas de livraison d'uranium enrichi. »
A la lecture de ces "précisions", on comprend mieux alors les termes mêmes de l'Iran répondant aux invectives guerrières de Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy de septembre 2007, l'agence Irna allant même jusqu' "à regretter l'époque où, selon elle, la France «résistait face aux États-Unis impérialistes et critiquait leur position». Cette "volonté d'indépendance face à la première puissance de l'Occident n'était pas limitées à une personne ou un parti, et il n'y avait pas de différence si le président était socialiste, gaulliste, communiste ou extrémiste de droite", avait alors déploré l'agence iranienne.
Sources : Iran, l'heure du choix, Le Monde, L'Express
A lire également :
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. Sarkozy: gaz contre nucléaire avec l'Iran, sans Eurodif ?
Le 12 mars 2009 |
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